Vieux tours

Publié le par sagesse



Sur l'ancienne scène poussiéreuse
D'un théâtre en rénovation
S'avance dans sa cape miteuse
L'illusionniste sans prétention
sous les molles acclamations
De spectateurs venus des limbes
Parés de leurs diffuses nimbes
Auréolés de fermentation.

Comme on déploie l'accordéon
Le magicien ouvre sa malle
En sort seize torchons sales
Illuminés sous les néons
Comme pour épater Cendrillon
De sa manche tâchée d'huile
Il les noue d'un geste agile
Fait de ses bras des tourbillons

D'un noble revers de cape
Il envoie vers le plafond
Un oiseau! Un maigre pigeon
Qui retombe raide comme un pape
A sa dernière oraison.
Ce fut sa dernière saison.
S'émeut le peuple des trappes
D'où quelques sanglots s'échappent.

Alors le mage digne et spectral
Danseuse fière au pied cassé
Cligne de son œil théâtral
Suspend le souffle des trépassés
Coup de baguette, c'est énorme!
Il tire de son haut-de-forme
Presque mort, un vieux lapin
Élimé comme la savate du chien.

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