Esclaves.

Publié le par sagesse

Le désir est un chien de garde solidement attaché en laisse, qu'on craint de libérer et qu'il ne nous morde en retour. Mais il arrive parfois qu'éprouvés, nous dispersions notre attention et que lentement, hypnotisés par le flou d'un monde plus incompréhensible, nous laissions le chien s'échapper.

Alors les évènements arrivent. Eux, qui nous semblaient être facétieux, voire moqueurs, voire cruels, voire ennemis -plus le chien est dressé, moins ils n'osent s'approcher- semblant lutter contre notre destin au lieu de nous paver la route, se révèlent fragiles et volatiles sans autre force que celle de nous effleurer la tête lorsque nous l'abandonnons à flotter librement, comme des fleurs aériennes dans un petit pré caché.

Souvent nous exigeons, souvent nous attendons, souvent nous souffrons de n'avoir pas, et nous nous desséchons en haissant la mort. La nature n'a d'autre volonté que la vie, la vie n'a d'autre destin que la mort.

C'est ainsi que, dans les cultures où l'abondance des mythes anciens s'accole à la déchéance de la réalité, on a pas de quoi payer les chiens, on les laisse vivre en meute.

Dans ce monde, les chiens de garde ont peur des chiens de meute. Les chiens de meute hurlent à la lune, ils sont malades, ils mangent des déchets, ils mordent par rage et non par éducation, ils vivent solidaires et partagent le peu de carne pourrie qu'on a bien voulu leur jeter.

Dans ce monde, les esclaves ne sont pas ceux qu'on croit.

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Amadis Dudu 13/01/2009 01:18

Amadis Dudu 17/01/2009 04:03


« C’est pourquoi je m’approche de vous, malgré l’heure qui est celle où d’ordinaire l’homme et l’animal se jettent sauvagement l’un sur l’autre, je m’approche, moi, de vous, les mains ouvertes
et les paumes tournées vers vous, avec l’humilité de celui qui propose face à celui qui achète, avec l’humilité de celui qui possède face à celui qui désire. 
 […] Vous ne partirez pas comme un voleur les poches pleines, vous oubliez le chien qui garde la rue et qui vous mordra le cul.
Puisque vous êtes venu ici, au milieu de l’hostilité des hommes et des animaux en colère, pour ne rien chercher de tangible, puisque vous voulez être meurtri pour je ne sais quelle obscure raison,
il va falloir avant de tourner le dos, payer, et vider vos poches, afin de ne rien se devoir et ne rien s’être donné. » (Koltès)