Nous deviendrons de grands infâmes au milieu du brasier géant. Nous respirerons la poussière que nous avons déposée. Nous ramasserons un à un les piliers des fondations que nous avons posées. Nous
pleurerons des larmes de sang sur le village brumeux de poudre.
"
Qu'avons-nous fait?" dirons-nous, tandis que nous regarderons partir les rois que nous avons mis sur le trône.
"
Que n'ai-je désobéï" se plaindrons-nous les mains vides, devant nos frères et nos soeurs enfermés dans des bâtisses haute-sécurité.
Poudre, nous te respirerons en pensant être chair d'alliage. Sang, tu seras mêlé à la poudre, nous te respirerons. Avant leur départ, nous acclamerons les rois montés sur leurs chevaux de
métal en fusion. Nous hurlerons à chaque pleine lune, pour célébrer le jour du désarroi total. Il fallait bien que ce soit immense pour qu'on ne puisse comprendre rien. Nous ne comprendrons jamais
ce que nous créerons, d'inspiration divine ou diabolique. Nous nous vanterons de ne pas savoir et d'être trop petit, nous nous pavanerons d'être sourds et aveugles, nous creuserons des trous avec
nos propres corps râclés sur le sol, prévenant devant la machine. Nous nous sentirons fiers de n'avoir qu'une mémoire, celle de la commémoration, du rituel de prosternation devant les totems
disparus. Nous boirons les paroles vides et nous sentirons la sécheresse nous désaltérer.
Nous chercherons dans le désert de l'eau fraîche à donner à la terre ensevelie. Nous pleurerons souvent des larmes dans la mauvaise direction et la source sera tarie, à peine jaillie. Nous nous
sentirons nobles de vivre de grands instants, de grandes peines, de grands regrets que nous nommerons par un symbole. L'histoire ne sera pas contée, il suffira d'une image à penser sans
réfléchir.
Puis, insatisfaits, nous nous tournerons encore une fois vers l'ennemi.