Une matinée

Publié le par sagesse

BILD0322.JPGIls saccagent la ville. Ils tirent en l'air et demandent à tout le monde de partir. Les chevaux s'échappent.Les femmes poussent des cris de mouettes. Les ruelles ne sont que des amas de bois secoués, éparpillés. Les bouteilles, les verres, les miroirs, les vitres se fracassent. Les soeurs qui avaient tant prié se sauvent en jurant, chapelet entre les dents. Les Indiens alcooliques s'entassent sur la charette (d'un ami alcoolique un peu moins Indien, mais mieux pourvu en charette.)Toute ma famille, composée de mon frère et le chien de chasse bientôt mort, se carapate pyjama aux mollets, fusil sur l'épaule, étriers qu'il n'avait pas perdu au poker contrairement au cheval, autour du cou.


Moi je m'enfonce dans ma stupeur, dans ma joie, dans mon âme inimaginable. Je regarde s'évanouir la poussière. Les prisonniers pleurent pendus à leurs crochets dans les cellules arides du comté, je les tue de la main, de loin, je n'ai pas les clefs.
Je suis le fou. Je suis l'idiot. Je suis celui qui a pris un mauvais coup de fusil. Celui qui cherche de l'or dans les écuries. Celui qu'on siffle et qui est toujours accueilli par une salve de rires gras. Mais je m'en fous.

Moi, à l'aube, tous les jours, je m'asseois sous une espèce d'arbre rongé où les charognards, suspendus comme des nippes de gitane, bercent de leur ombre déchirée mon visage bouffi. J'attends le présent céleste. Bientôt,sortant de derrière l'horizon, se dresse à mon intention un temple d'Asie recouvert d'or et de lumière, en prise aux flammes éternelles. Majestueux incendit dans le ciel jaune sang. Je me recueille. Je remercie pour le secret qu'il me donne à voir, qu'il me donne à ressentir. En cet instant, je comprends que je suis fou et que c'est parfait ainsi.

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Oliv Kronsilds 13/03/2008 17:13

Tout est parfait.